Fonctionnaire : un statut devenu obsolète
décembre 25th, 2011 by pcor
C’est LA quête du Graal, comme le montrent, année après année, les sondages réalisés auprès des jeunes, entre autre : être fonctionnaire n’est plus conçu comme le moyen de contribuer à la chose publique, au bien commun, mais c’est une fin en soi, un statut qui sauve de la perdition, du risque de rater sa vie professionnelle. Et plus encore avec la crise de l’emploi !
En cette année électorale, le candidat qui promettrait d’embaucher massivement dans la fonction publique d’Etat et dans les collectivités territoriales serait élu haut la main, à gauche, comme à droite. Une enquête démontrerait certainement que les collectivités gérées par des équipes de droite comptent un ratio d’agents, en rapport au nombre d’habitants, par exemple, certainement équivalent au ratio des collectivités gérées par la gauche.
Nous sommes là devant un phénomène national totalement assumé. Un keynésianisme dans sa forme la plus aboutie. Avec ce genre de principe « économique », il faut vraiment être le dernier des politiciens pour « perdre » une collectivité lors d’une élection municipale ou autre. Que les pays les plus endettés de la zone euro soient également ceux qui pratiquent à profusion cette « gestion » des affaires publiques est très certainement un pur hasard.
Bien évidemment, il n’est pas question de juger les individus. Qui accuserait les salariés d’Areva, des grandes banques ou des compagnies pétrolières des gains pharaoniques ou des agissements de leurs dirigeants ? Ce ne sont pas les personnes - les agents – qui doivent être considérés comme inadaptés. C’est ce statut surreprésenté dans nombre de pays démocratiques qui nous conduit vers une économie dénaturée et un système politique monolithique.
D’immenses pays comme la Russie, première puissance mondiale fut un temps, se sont effondrés en un clin d’œil, exsangues et laissant derrière eux une population sans valeurs collectives. Et cette Chine, qui fait tant peur, aujourd’hui présentée comme un savant dosage d’autocratie et de développement économique et managérial. Elle n’y survivra pas plus en continuant de privilégier un seul mode économique, le fonctionnariat d’Etat et son corolaire : la corruption.
Pourquoi ce statut est-il devenu obsolète dans une gestion moderne du bien public ? Parce que ce statut est plus que jamais devenu une fin en soi, et rien d’autre. Tout comme l’économie de marché. Si son seul objectif est de faire gagner toujours plus d’argent à une poignée d’individus en appauvrissant les autres, elle n’a plus sa raison d’être : un moyen efficace pour améliorer le quotidien matériel des individus. Et avant de sombrer, cherchons une autre voie, d’urgence.
Si ce statut était à ce point salvateur, nous n’aurions pas environ 20 % de ses personnels qui, chaque jour ouvrable, ne vont pas travailler pour une raison autre que celle de prendre des congés légaux ou des récupérations. Cela s’appelle l’absentéisme. En plus, chaque enquête démontre un profond mal-être individuel de « nos » fonctionnaires, qui pourtant ont obtenu ce qu’ils chérissaient depuis toujours. Et pour pallier à toutes ces absences continuelles, il faudrait embaucher toujours plus. Où cela s’arrêtera t-il ? Quel sens cela a ?
Eviter de grossir le nombre de demandeurs d’emploi ? Ne serait-il pas plus efficace et respectueux pour toutes ces personnes « malades » et pour toutes les personnes sans emploi de construire un service de l’emploi digne de ce nom ? Car chercher un travail, c’est un boulot à temps plein qui demande de vraies compétences. Il faut donc créer un encadrement, un management, une évaluation, des formations pertinentes et adaptées à tous.
Et que dire des syndicats et des partis politiques dans ce contexte ? La première fonction d’un syndicat est de représenter et de défendre « ses adhérents ». Une défense du consommateur absolument nécessaire en démocratie. C’est un droit fondamental.
Par contre, concernant les partis politiques, leur attitude n’est pas saine. Leur projet devrait avoir plus de distance avec le statut salarial de telle ou telle branche professionnelle. Les partis de gauche deviennent trop des mouvements de défense du statut de fonctionnaire, avec une radicalité qui va du centre gauche à l’extrême gauche. Un curseur qui part d’une dose grandissante de fonction publique et territoriale à un Etat collectiviste pur et dur. La droite a un discours schizophrène entre ses pratiques locales et une posture nationale qui revendique une réduction des effectifs de la fonction publique d’Etat, avec des propos parfois poujadistes.
Une grande confusion règne entre les moyens nécessaires pour mettre en œuvre les grandes missions d’intérêt général de l’Etat et le statut des personnels dédiés. Il serait pertinent de s’engager à maintenir des moyens budgétaires à euro constant pour la santé, l’éducation, … Plutôt que stigmatiser des personnes et le fondement de leur existence. En contrepartie des économies qui seraient ainsi réalisées en réduisant le nombre de salariés - au moins 15 à 20 % puisque c’est, de fait, la situation actuelle - et en responsabilisant les managers, nous pourrions réaffecter ces moyens vers la qualité des services sans en augmenter leur coût. Enfin des marges de manœuvre !
Nous disposons de contrats de travail dits de droit privé adaptés aux salariés intervenant pour le bien public et de conventions collectives spécifiques, comme c’est le cas avec le secteur dit « parapublic », par exemple.
Et il serait politiquement passionnant de demander au peuple français de décider, par référendum, ce qui doit être, en 2012, de la mission d’un l’Etat moderne et impartial et ce qui pourrait être délégué, au moins temporairement, à des services ou à des entreprises privés ou parapublics, nationales ou non.
Nous savons rédiger des contrats suffisamment élaborés pour indiquer, aux opérateurs potentiels, ce qui est de façon non négociable du ressort de l’exigence du service d’intérêt public et pourrait, en cas de non respect, rendre caduque le contrat. Et gérer – en direct - ce qui nous semble devoir l’être absolument, pour des raisons stratégiques, par exemple. Missions financées par l’impôt et avec un personnel ayant un statut spécifique.
Nous avions évolué, il y a deux siècles, de la Royauté vers une République … À une voix près ! Continuons d’avancer. Osons ouvrir ce débat.
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