Un F. BAYROU révolutionnaire ?
décembre 21st, 2011 by pcor
Les sondages indiquent, avant Noël, une remontée spectaculaire de F. Bayrou dans la course à la présidentielle 2012. Imaginons un instant que ce candidat l’emporte en mai prochain. Aujourd’hui, cette perspective est perçue, pour un grand nombre de français, certainement comme la victoire de l’immobilisme, du non-événement, pour tout dire, comme un retour à la 3ème république.
Mais rappelons-nous les derniers occupants du poste. Qu’avaient-ils de révolutionnaires, avant d’accéder à « la fonction suprême » ?
Qui percevait F. Mitterrand comme un révolutionnaire, battu de peu en 1974, puis élu en 1981 et en 1989 ? Bien peu de ceux l’ayant connu le qualifiaient de révolutionnaire. Et pourtant, un certain 10 mai 1981, nous entendîmes le peuple chanter haut et fort l’Internationale ! Pour ma part, les circonstances ont fait que le 11 mai 1981, je travaillais dans une industrie de grande renommée. Ce jour là, pas un sourire, pas une tête qui ne soit courbée au point de toucher le sol dans les couloirs, pas un seul qui ne se serait autorisé à plaisanter, je vous l’affirme. Il faut dire que la partie de la population la plus conservatrice avait craint qu’avec ce nouveau président de la République, des chars russes ne viennent châtier les bourgeois et punir les « contre-révolutionnaires ». Et quand vous fabriquez un matériel militairement sensible, devoir confier les clés à l’ennemi … D’ailleurs, un peu plus tard, le fiston du patron allait prendre en main les manettes de l’entreprise et devenir, trente ans après, par l’entremise de son journal, le plus grand pourvoyeur de tracts quotidiens à la gloire du président et du gouvernement actuels ! Il y a des traumatismes dont on ne se remet pas !
Bien sûr, F. Mitterrand réalisa ce qui est encore aujourd’hui perçu comme de très grandes avancées sociales : fin de l’ORTF, abolition de la peine de mort, et quelques autres. Mais était-ce vraiment révolutionnaire ? Peut-être que oui si l’on veut bien imaginer la grande difficulté que nous aurions aujourd’hui pour accomplir des actes politiques sensibles dans l’opinion.
J. Chirac suscita également lui aussi un grand enthousiasme. Il faut se rappeler que le thème de la fracture sociale, réalité française millénaire et plus, avait réussi à convaincre au-delà même de son électorat habituel. Il ne fit pas grand chose que nous n’ayons aujourd’hui à en payer le prix, mais pas vraiment moins non plus que son prédécesseur, s’il l’on excepte les deux premières années de présidence socialiste. Douze années, l’un comme l’autre, à présider mollement, c’est à dire en pensant avant tout à sa réélection et à ses proches. Bien sûr, avec du recul, nous pouvons nous dire que le logement à Paris, locatif ou en accession à la propriété, n’était pas aussi inaccessible qu’il ne l’est aujourd’hui, avec une mairie composée de parisiens « de gauche ». Des bobos moins révolutionnaires que J. Chirac, finalement ?
Et que penser du successeur de J. Chirac, le très révolutionnaire N. Sarkozy. Celui qui devait tout chambouler, faire entrer la France dans la modernité, remettre le travail au cœur des valeurs essentielles du pays. Renvoyer tous ces apparatchiks, ces énarques, tous ces nantis qui vivent aux crochets de la République pendant que d’autres produisent et se lèvent tôt le matin pour gagner leur croûte ! Depuis le Fouquet’s, c‘est à dire depuis le soir même de son élection, l’ambiance révolutionnaire fût particulièrement plombée. Mais bon, le quinquennat n’est pas encore terminé. Et la campagne pour un éventuel suivant ne fait que commencer.
Alors, F. Bayrou, plus ou moins révolutionnaire que ses prédécesseurs ? Difficile d’être moqué par le PS ou l’UMP là-dessus. Même si, faut-il en convenir, l’idée ferait plutôt « mourir de rire », comme disent les jeunes. Mais après tout, imaginons la gagne et la suite des événements. A commencer par les législatives de juin 2012. La défaite des autres candidats, notamment celle de N. Sarkozy, de F. Hollande ou même d’E. Joly, précipiterait leurs partis politiques dans un beau foutoir - idée révolutionnaire s’il en est - n’en doutons pas. Ce serait une sacrée secousse nationale et peut-être le début d’une recomposition politique et « idéologique » de pays. Même si cela pourrait profiter, dans un premier temps, aux extrêmes.
Et puis, si F. Bayrou était « au-dessus de la mêlée » ne serait-ce que quelques mois, il pourrait peut-être modifier les us et coutumes qui régissent fortement un pouvoir politique basé sur le modèle de la magouille, petite ou grande, que l’on nomme généralement système D, avec une grande fierté nationale. Nous pourrions attendre du nouveau président une remise à plat salutaire de toutes ces pratiques qui ruinent jour après jour notre démocratie. Cela serait une grande conquête collective pour un peuple latin, que de sortir des passe-droits systématiques, des tractations pour obtenir qui un emploi ou un logement, qui une place en crèche ou dans un lycée public … Après cela, si F. Bayrou était encore ce « béarnais au cœur vaillant », quelques réorganisations, peut-être en matière de gouvernance, ou des liens qui unissent les leaders de l’économie nationale avec les élus, ou … et hop, nous aurions peut-être élu, sans y penser, le plus grand révolutionnaire que la France ait connu depuis bien longtemps. Révolutionnaire dans une démocratie, cela s’entend.
|
Posted in Uncategorized |
Devenez fan de ce Blog :